« Vous allez voir notre vie en vrai ». C’est un détenu de la Maison Centrale d’Arles qui s’exprime. Pendant neuf mois, un groupe de détenus a travaillé avec un photographe professionnel, Patrick Frilet, pour réaliser un reportage sur la vie au sein de cet établissement pénitentiaire. C’est la première fois qu’un reportage à l’intérieur d’une prison est réalisé par les détenus eux-mêmes et c’est la première fois, également, que les détenus apparaissent à visage découvert, dans leur univers quotidien.

Le reportage photos réalisé par un groupe de détenus a été montré le 3 juillet dernier, à la maison centrale d'Arles, à d'autres détenus et à des invités, qui interviennent dans l'établissement.

Le reportage photos réalisé par un groupe de détenus a été montré le 3 juillet dernier, à la maison centrale d’Arles, à d’autres détenus et à des invités, qui interviennent dans l’établissement. photo Maison centrale d’Arles.

Ce reportage sera diffusé sur grand écran, le vendredi 11 juillet 2014,  lors de la Nuit de l’année, l’événement gratuit organisé par Les Rencontres de la photo, parmi des travaux réalisés par des agences de photographes professionnels.

« Neuf mois en prison », signé du collectif Cellule, montre donc un quotidien ignoré, loin des clichés. Les détenus ont accepté d’être photographiés dans leurs cellules, à la promenade, lors des ateliers socio-éducatifs. Au fil des photos,  on passe dans les cuisines, dans les ateliers d’activité (74% des détenus travaillent ou suivent une formation professionnelle rémunérée), sur le terrain de sport. On assiste aux retrouvailles des familles lors des parloirs  et l’on découvre même le fameux « mitard ». « Même à nos familles, nous ne parlons très peu de ce que nous vivons ici », racontait l’un des détenus photographiés lors d’une après-midi de présentation du reportage. « Ce reportage permet de montrer ce que l’on vit, ce n’est pas une apologie du crime ».

Patrick Frilet, grand reporter pour de nombreux magazines français et étrangers sur les zones de conflit notamment, partage depuis toujours l’idée que « le photojournalisme, c’est aller vers les autres ». C’est donc ce qu’il a enseigné à ses élèves d’Arles, tout en leur apprenant à « construire » leur sujet, comme le font les professionnels. Le résultat est impressionnant de maîtrise et d’humanité. « C’est un modeste moment d’ouverture », a sobrement commenté l’un des protagonistes.

La photo à la maison centrale d’Arles

Parallèlement à ce projet, sept autres détenus suivent actuellement une formation pour obtenir le bac professionnel photo en 2015. Dans ce cadre, des ateliers sont animés par des professionnels. C’est ainsi que Reza, une des stars du photojournalisme, est venu lui aussi partager son expérience avec les stagiaires et a donné une conférence ouverte à tous les détenus.

Nuit de l’année des Rencontres d’Arles, le 11 juillet 2014, de 22 h à 3h du matin, sur le boulevard des Lices. 14 écrans géants pour découvrir le travail des agences de photo, des collectifs de photographes. Ne ratez pas le Collectif Cellule !